Vive les mariés !

“Ndawar wajhi lerkina del bît ma b9ali la hdra la 7dit wlidi Hmed djaouj”.Dicton marocain.  Je tourne ma tête vers un petit coin de la chambre. Je n’ai plus personne avec qui parler et discuter, mon fils Hmed, s’est marié.”

 Demain mon fils se marie. Hier je disais : «demain, je dirai que mon fils se marie demain.» J’appréhendais ce jour. Pourtant, depuis que mon fils est venu au monde, je prévoyais son mariage. Je l’ai marié mille fois avec mille filles. Filles d’amies, petites cousines, filles rencontrées au hasard, lycéennes, étudiantes, voisines…
Depuis toujours la notion de mariage intervient dans nos discussions. je lui répétais: “Mais que dirait ta femme si elle te voyait comme ça ! Apprends à ranger ta chambre pour plaire à la femme que tu aimes!  Regarde cette belle jeune fille, je voudrais tant que tu l’épouses ! Mange convenablement, c’est important dans un couple! Un homme qui sait cuisiner peut séduire n’importe quelle femme ! Sois un époux agréable et généreux envers elle! Fais de bonnes études, c’est important, ton épouse sera fière de toi! Marie-toi vite pour me faire des petits ! Attention ! Passé un certain âge tu ne voudras plus te marier ! Prends celle-ci, elle est si gentille. J’ai hâte que tu trouves ta moitié! ”
Et ce mot « mariage » revenait sans cesse. Je lui avais même trouvé une prétendante dès sa naissance!
J’imaginais sa future épouse et j’imaginais son mariage. J’imaginais la fête et les réjouissances. J’espérais ce moment comme  l’aboutissement  de son existence et de la mienne.  Je me voyais déjà belle-mère puis grand-mère, radieuse. Comblée.
Voilà que demain mon fils se marie. Devrais-je dire « ENFIN ? »
Pourtant, je pleure et je suis nostalgique. Je le sens déjà loin de moi. Je me sens perdue, ou devrai-je dire égarée?  J’entrevois le futur et je découvre à mon tour que nos enfants sont les filles et les fils de demain et les cadeaux qu’on a préparés jour après jour pour une autre famille. Étrangère. Étrange comme sensation. Comme des tourtereaux, ils quittent notre nid pour aller en construire un autre. Ils s’en vont forts de l’affection et des leçons que nous leur avions transmises, mais ils s’en vont. Pfffft ! C’est comme un rêve qui prend fin.
Voilà que mon fils s’en va demain.
Il se marie.
La vie est un éternel recommencement. J’ai quitté le foyer familial pour construire le mien. À son tour mon fils quitte le notre pour construire le sien. Juste retour des choses. Pourtant je pleure. Devrai-je être heureuse?
Mon fils se marie demain et je ne veux pas dormir pour voir passer le temps doucement tout doucement avant qu’il ne s’envole comme mon fils qui convole. Le ciel est noir. Les étoiles scintillent plus brillantes que jamais. Je lève la tête pour admirer cette voûte céleste avec mes yeux  mouillés.

La vie est pleine de promesses. Elle est belle n’est ce pas?

La nuit est longue et je veux savourer chaque moment pour penser à lui. À tout ce que nous avions fait en famille. À refaire le monde ou ne rien faire, juste à vivre ensemble.  À nos interminables soirées, mais qui terminent quand-même. À nos jeux de cartes, à nos après-midi tranquilles, quand on lisait chacun dans son coin, mais heureux d’être côte-à-côte. À nos discussions à bâtons rompus. Je me remémore nos rires et fous rires, nos voyages, nos repas, nos silences, nos disputes et notre complicité surtout.
Je repense à ces moments-là où il me demandait de l’écouter, de lever ma tête et de cesser de lire ou d’écrire juste pour l’écouter raconter ses expériences et ses espérances. Et moi qui pensais avoir tout le temps devant nous !
Quels drôles d’êtres humains nous sommes ! Nous croyons avoir tout le temps quand chaque minute qui passe ne revient plus jamais ! Quand chaque seconde qui s’évanouit à notre insu, raccourcit notre heure, notre vie.
Mon fils se marie.
Je l’ai toujours espéré. À présent que la date est fixée, maintenant que c’est déjà demain, je pleure ce temps écoulé et je prie pour que  jamais ne cesse notre amour. Je voudrai  tant arrêter ce foutu temps pour profiter encore et encore de mon fils. Mon fils à moi. Mon enfant. Ce bébé que j’ai vu grandir et que j’ai suivi pas après pas.
Demain, mon chéri se marie.
Ces larmes qui coulent sont des larmes de joie.
Demain est un autre jour. Un jour nouveau. Un beau jour de mariage. Celui de mon enfant. Je souhaite le meilleur aux mariés. Je leur souhaite le contentement des sages. Je leur souhaite tout le bonheur du monde.

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