La femme a encore frappé. C’est terrible. Il suffit qu’elle montre un petit bout de chair pour que les ultras-conservateurs montent au créneau. Il suffit d’un mollet, une petite cuisse, un nombril, un genou, une mèche de cheveux. Si par malheur elle montre un téton ou pire, tout à la fois, c’est la révolution. Lynchage garanti. Même Daech se mobilise.
Depuis que je suis gamine, ma famille veille. Elle surveille ma chasteté. Elle m’a appris à montrer le minimum, j’ai obéi. J’ai tiré sur mes robes pour les rallonger, j’ai remonté mon décolleté, j’ai caché mes bras. Mes amies plus influençables ont dissimulé leurs cheveux, par crainte d’une émeute imminente. Pauvres hommes ! Ils succombent à la moindre tentation de chair féminine! C’est plus fort qu’eux. Faut les comprendre, ils n’ont aucun frein à leurs pulsions. Un sexe fort qui s’affaiblit étrangement à la vue d’une… femme !
Que voulez-vous ! Les femmes sont des bombes sexuelles en puissance. A lui seul, le corps d’une femme est une arme de destruction massive. Un appel au vice. Quand elle sort dans la rue dévoilée, elle devient un explosif en attente de chargement. Un sujet de sédition…
C’est pourquoi, il faut la cacher, l’enfermer, l’étouffer sous une tonne de chiffons. Il faut la séparer et la dissocier de l’homme pour faire régner le calme dans la cité. La femme est une menace à l’ordre public. Son corps incite à commettre l’illicite !
Ô sacrilège !
Je ne sais pas comment fonctionne l’homme mais apparemment il ne sait pas résister à la vue d’un corps féminin. Une femme se dénude parce qu’elle a chaud et c’est l’homme qui est en chaleur ! Une femme chante en short et c’est le cri d’alarme. Une fille se promène en mini et c’est le soulèvement. Les penseurs écrivent des lettres ouvertes aux ministres pour essayer de comprendre la situation catastrophique dans laquelle ces femmes à moitié dénudées ont plongé le pays !
Incompréhensible.
Inconcevable dans un pays occidental. J’ai été une fois en Europe et je me promenais dans les rues, quand j’ai réalisé que personne ne me regardait. Je marchais tranquillement. Aucun harcèlement, aucun regard suspect, aucune remarque sur ma tenue légère…A tel point que je me suis vue dans le miroir d’une vitrine pour essayer de comprendre cette discrétion inimaginable dans mon pays ! Même constatation à Montréal. Je me sentais en sécurité, confiante et tranquille en me promenant dans les rues de Montréal. Je n’étais plus une bombe à retardement pour ces messieurs, mais simplement une citoyenne, qui passe.
Circulez messieurs, il n’y a rien à voir !
Ici, dans ce beau pays qui est le nôtre, comme dans tous les pays arabo-musulmans, la femme est l’objet de convoitise, de peur et mépris, de méfiance. Autant de sentiments contradictoires. Depuis toujours, l’honneur des hommes est caché dans l’hymen des femmes. Certains tuent impunément leur femme (ou sœur) qui les aurait déshonoré par le sexe! La virginité est devenu le garant de la pureté, à tel point que les hommes au paradis ne rêvent que d’éternelles vierges! Quelle absurdité!
L’ignorance conduit à une incompréhension du texte religieux.
La femme lit-on est une provocatrice, une « Fitnah ». Or, quand on sait que la « Fitnah » signifie l’épreuve dans le sens large. Elle exprime la tentation des choses matérielles. On comprend aisément qu’elle atteigne aussi bien les hommes, les femmes, les enfants et toutes nos possessions terrestres. Allah le Tout-Puissant a dit : « Et Nous avons fait de certains d’entre vous une épreuve pour les autres – endurerez-vous avec constance ? » Chacun d’entre nous est éprouvé par ceux qui l’entourent.
Il serait temps de ne plus coller cette étiquette de « Fitnah » à la femme seule !
Il serait temps que les bons croyants apprennent à « baisser leur regard pour préserver leur chasteté » ! (Sourate 24/30) au lieu d’en vouloir au corps de la femme. Sachant que selon le Coran : « Le meilleur vêtement de la femme est celui de la piété : Libass-a-Taquwa. »
Se couvrir de la tête aux pieds n’est pas une finalité spirituelle en soi. Alors, foutez-nous la paix. Nous n’avons de comptes à rendre à personne sinon à notre Créateur.