Elles, sont femmes comme nous. Elles, s’habillent à la mode tout comme nous. Elles portent des jupes longues, avec de jolis petits chemisiers en popeline, ceinturés à la taille.
Elles sont coquettes. Comme nous. A leur pied, des souliers à talons hauts. Mignon comme tout. Elles portent des bijoux. Nos chouchous à toutes. Pourquoi se priveraient-elles d’un petit plaisir féminin et d’un petit signe de richesse?
Elles, se maquillent. Tout comme nous.
Elles, se parfument. Nous, aussi. Leur parfum sent tout aussi bon, mais il est juste sans alcool. Elles mettent du vernis “halal”… French ou rouge vif… C’est leur choix. Elles, vont au Hammam. Nous, aussi. Relaxant. Au bain maure, un drap mouillé couvre leurs formes. Délicat et suggestif à la fois. Elles, elles n’en sont que plus sexy. Elles vont à la plage, à la piscine, avec un…maillot intégral, aussi moulant qu’un collant. Elles se baignent aussi.
Qui sont-elles? Les femmes voilées. de celles qui portent le voile, sans grande conviction religieuse, ou pour suivre une nouvelle mode. De celles encore qui croient que foulard rime avec morale. Alors, par la force des choses, la nature revient au galop. Le foulard finit par se substituer à la chevelure cachée, mais savamment suggérée!
Mis à part cela, rien d’autre ne change dans leur vie quotidienne. Un accessoire de plus sur la tête. Un point, c’est tout. L’hypocrisie sociale en a pour ses frais. Elle s’est appropriée le foulard. Et que ceux qui se fient aux apparences s’y piquent. Elles, dansent, chantent, fument. Elles, vont au cinéma, suivent religieusement les télé feuilletons d’amour. Et tant pis pour les scènes osées. Désir, préludes, fantasme…chut! Elles, n’en pensent pas moins. Bref, elles s’amusent. Elles, sont filles de leur temps. Comme nous. Mais ce qu’elles font, elles le font… en foulard.
L’incontournable foulard. Un foulard assorti à l’ensemble avec broche dorée sur le côté. Elles s’arrangent pour laisser deviner leur chevelure. Il est une façon de nouer le foulard qui ne trompe pas. Ce fameux foulard, comme un bouclier, semble leur donner l’absolution éternelle, ou leur attribuer, je ne sais quelle “aura angélique”. Elles, jouent à cache-cache avec elles-mêmes.
Elles, se font draguer. Elles, draguent aussi. Tout comme nous. En ce siècle trouble, elles ont même la préférence. Elles, rassurent la conscience collective. La notre, aussi. Et puis avec le voile, on les croit moins volages. Nous, on passe inaperçues avec nos cheveux au vent, nos robes étroites et nos idées larges. Souvent même, on fait peur avec notre air déluré et notre démarche nonchalante. Avec nos libertés et notre franc-parler. Elles, réservent le tout en cadeau de noce. Les hommes aiment les surprises.
Ces femmes donc, s’affichent avec un fichu sur la tête. Nous, on s’en fiche. Nous avons notre conscience pour nous.
Ah! elles prient aussi. Comme nous. Peut-être un peu plus que nous? Qu’importe! Le principal n’est-il pas d’être sincère avec soi-même? Car il s’agit de porter avant tout, l’habit du cœur. Un vêtement pas si facile à trouver en ce monde ravagé par les faux-semblants. Un foulard, une barbe, un comportement, n’ont jamais habillé la foi.
De la profondeur dans nos actes. De la noblesse d’âme. Voila ce qui nous fait affreusement défaut.
1996