Elles, sont femmes. Elles, s’habillent à la mode comme nous. Elles, portent des djellabas, robes moulées sur un jean, un collant (moulant cela va de soi) ou des jupes longues (ou pas).  Elles, ont de jolis chemisiers, ceinturés à la taille, pour bien la marquer. Tout comme nous. Elles, sont coquettes. Nous aussi. À leurs pieds des souliers à talons hauts. Mignon comme tout ! Elles, embellissent le tout avec  des bijoux. Nos amours à toutes. Pourquoi s’en priveraient-elles ?

Qui sont-elles ? Les femmes voilées. Mis à part ce petit détail, rien d’autre ne change dans leur vie quotidienne. Un accessoire de plus (ou de trop) sur la tête. Un point c’est tout. Un foulard, c’est tout? Où est le hic ? Pourtant avec ce simple bout de tissu, l’hypocrisie sociale en a pour ses frais. Elle s’est approprié le foulard gardien de la pudeur féminine. Le foulard symbole de piété. Rappel de chasteté. Et que ceux qui se fient aux apparences, s’y cachent ou s’y piquent!

Elles, se maquillent. Les petits yeux, les cernes et la peau blême, c’est pas joli-joli. Un petit trait de khôl  c’est halal. La coquetterie ne fait-elle pas partie de la féminité ? Elles, se parfument. Nous aussi. Leur parfum sent tout aussi bon… mais il est juste “sans alcool” autrement dit : halal, comme leur vernis et  leur dissolvant à l’alcool, du reste. Ah! Dans le commerce du “halal”, tout y passe!

Elles, portent le voile. Contrainte? Interprétation rigoureuse du texte religieux?  Critère politico-social? Différence ethnique? Crise existentielle? Héritage judéo-chrétien? Moyen d’émancipation féminine? Tendance d’aujourd’hui? Les grandes marques se mettent aussi  à la mode de l’habit “islamique”! Tout est à vendre même la petite vertu, pour celles qui  croient encore que  foulard rime avec moralité. Alors, par la force des choses, la nature revient au galop. Le foulard finit par se substituer à la chevelure! Elles, l’ornent de mille artifices.  Sous le foulard, des chouchous  font paraître la chevelure abondante.  Il est une façon de nouer le foulard qui ne trompe pas. Elles, y ajoutent une broche sur le côté ou des barrettes colorées. Elles, s’amusent à l’apprêter aux couleurs de leur robes. Si élégant!

Moi j’ai pas le temps.

Elles, vont à la plage. Nous aussi. Relaxant. Agréable. Elles, portent un maillot de bain islamique, le Burkini, une combinaison intégrale qui enveloppe leur corps. Elles, ressemblent à des  Télétobbies des temps modernes. C’est original. Le maillot “halal” les moule à souhait: Leur cellulite reste en place. Figée. Elles, n’en sont que plus sexy et vive la plage et les jeux de ballons avec les garçons!

Elles, font de la politique,  votent (ou pas). Elles, travaillent, sont femmes au foyer, chômeuses ou prostituées (c’est le plus vieux métier au monde, le foulard ne l’a pas banni…) Elles, sont jeunes  (ou moins jeunes), célibataires, mariées, divorcées, filles-mères ou veuves. Elles, dansent, chantent, fument, (ou pas). Elles, aiment papoter avec les copines. Tout comme nous! Elles, voyagent seules ou accompagnées de leur petit ami, mari ou amant… (si, si!) Elles, suivent les émissions télé-réalités, épisodes d’amour sans fin. Elles, vont au cinéma et tant pis pour les scènes osées, désirs, préludes, libertinage, hommes dénudés, fantasmes… Chut ! Pudiques, elles, fermeront les yeux au besoin. Bref, elles, mènent leur vie. Comme nous.

Ah! Elles, se font draguer. Elles, draguent aussi. Si, si ! Tout comme nous. Mais ce qu’elles, font, elles, le font…en foulard. L’honneur est sauf avec l’incontournable foulard. Le fameux foulard. Tel  un bouclier, il semble les protéger et leur donner l’absolution éternelle.  Peut-être leur attribue-t-il un  je-ne-sais quelle «aura» angélique?

Elles, jouent à cache-cache avec elles-mêmes. Le jeu en vaut-il la chandelle ?

En ce siècle trouble et troublant, elles, ont même la préférence sur nous autres ! Elles, assurent la continuité de la morale. Elles, rassurent les hommes. Elles, confortent la conscience collective. La nôtre aussi. Puis, surtout avec le voile, on les croit moins volages. Nous, on passe inaperçues avec nos cheveux au vent, nos robes étroites et nos idées larges. Souvent même, on effraie avec notre air déluré, notre démarche assurée ou nonchalante. On fait peur avec nos libertés durement acquises et notre franc-parler. Elles, réservent le tout en cadeau de noce. Les hommes aiment les surprises… soigneusement enveloppées dans un papier cadeau ou un foulard en soie.

Ces femmes donc, s’affichent avec un fichu sur la tête. Nous on s’en fiche ! Nous avons notre conscience dans la tête. L’impudeur, n’est-elle pas dans les yeux de l’impur?

Ah ! Elles, prient. Nous aussi. Peut-être un peu plus ou un peu moins ? Qu’importe ! La religion n’est-elle pas une expérience spirituelle personnelle?  Notre pratique religieuse concernent dieu et nous. Le principal n’est-il pas d’être sincères envers nous-mêmes ? Car il s’agit avant tout de porter l’habit du cœur. Un vêtement pas si facile à trouver en ce monde  ravagé par les faux-semblants avec une société  couverte d’un voile de plus en plus épais. Un foulard, une barbe, un Quâmis, une tunique, un chapelet, un comportement, n’ont jamais habillé la foi, pure et universelle.

De la profondeur dans nos pensées et dans nos actes. De la noblesse d’âme. Voilà ce qui nous fait affreusement défaut.

  1. Chronique.