Je voudrais porter un foulard pour cacher mes cheveux lourdement enduits d’huile de cade et d’ail pressé . J’ai les cheveux gras, c’est pas joli-joli. Les dissimuler sous un voile serait plus intéressant. Ne cache-t-on pas ce que l’on met à l’abri du regard des autres ou ce dont on a honte ? En plus, le foulard est devenu un signe de “soumission” et de “respectabilité”. Il ” honore” dit-on, la femme qui le porte. Il lui donne un je ne sais quel petit air de… sainteté?
Le voile dévoilerait-il la pudeur ? La pudeur serait-elle cachée dans un bout de tissu?
Je suis sûre que cela plairait à mes détracteurs. Ils verraient en moi, une femme digne, rangée. Enfin assagie. Ils s’imagineraient que j’ai rejoint le rang des femmes voilées et fières de l’être et non plus celui des femmes non voilées et fières de l’être. Cela dit, je ne triche pas. Je suis soumise à Dieu et je l’adore. Je n’ai pas besoin d’un fichu sur la tête pour le prouver (à Dieu ou aux hommes.) Mon identité spirituelle n’a pas besoin d’être rattachée à un voile pour être reconnue au sein de ma communauté!
Je voudrais porter un foulard. Un simple foulard. C’est tout. Sans plus. Incognito.
Je voudrais couvrir mes cheveux. Rien de religieux. Question de bon sens. Mes cheveux vont dans tous les sens. Ils sont indisciplinés (comme moi) je n’arrive plus à les dompter. Rien de sexy. Au contraire. Le voile les mettrait en valeur. On ne les verrait plus (c’est tant mieux !) mais on fantasmerait dessus (c’est tant mieux !)
Seul bémol, le foulard n’est plus un accessoire anodin, banal, inoffensif, innocent, neutre, quelconque,… Le foulard a pris des galons. Il est devenu Général. Il se généralise. A way of life. Il juge la foi, il fait loi. Il est devenu un patrimoine religieux et politique qui exerce une grande influence dans l’imaginaire collectif.
Le foulard est devenu un sujet de réflexion, une arme, un bouclier, un symbole. Se voiler c’est se sacrifier à l’autel des controverses en tous genres ! Protecteur pour les uns, destructeur pour d’autres. Porteur d’espoir pour les uns, de désespoir pour d’autres. Instrument d’union pour les uns, de discorde pour d’autres. Le foulard est devenu important. Il a pris de l’assurance. Sacro-saint foulard ! Il représente une certaine forme de vertu. Il s’est anobli, il s’est sanctifié. Il s’est sacralisé. Je dirais même qu’il s’est islamisé.
Le foulard, c’est «rass el khayt» la tête du fil qui fait ressusciter toute l’Histoire! L’exégèse, les traditions millénaires, les croyances, les peurs, les convictions religieuses, doutes, symboles identitaires, espace sacré, culpabilité enfouie, interrogations, interprétations, luttes de pouvoir, propagande, domination des peuples, patriarcat, autoritarisme, intégrismes,… C’est lourd à porter un foulard ! A lui seul il ouvre la boîte de Pandore!
Comment un simple bout de tissu a réussi au fil du temps à nous diviser et à nous emprisonner (empoisonner) dans ses filets ? Ah ! Qu’il était naïf le foulard de nos mères et grands-mères ! Ah ! Qu’il était chic (sans choc) le voile des actrices d’antan !
Zut ! Je ne peux plus le porter sans arrières-pensées.